Cet article propose une relecture du passage 171a-b du Théétète de Platon à la lumière de la critique platonicienne du relativisme protagoréen. Il examine la structure et la portée de l’argument dit de l’« auto-réfutation » (peritrope), en suivant les analyses de Burnyeat et d’Erginel. L’étude montre que cet argument ne consiste pas en une contradiction logique, mais en une réfutation dialectique qui met en évidence l’impossibilité pour le relativiste de défendre rationnellement sa propre position : en admettant la vérité de l’opinion selon laquelle le relativisme est faux, il détruit la validité de sa doctrine. Cette impossibilité dialectique révèle une fragilité constitutive du relativisme : celui-ci ne peut être formulé, transmis ni soutenu sans présupposer un espace commun de discours et des critères partagés de vérité. Dans la dernière partie, une mise en parallèle sera suggérée entre l’analyse platonicienne et les phénomènes contemporains de la post-vérité et du populisme démagogique, qui reposent sur la dissolution de cet espace commun et sur la substitution des faits par des croyances. Platon apparaît ainsi non comme le défenseur d’un dogmatisme archaïque, mais comme le penseur des conditions de possibilité du désaccord rationnel et du monde commun.
Mots-clés:
relativisme; Protagoras;
Théétète
; auto-réfutation; post-vérité; populisme